Comme dans tout cabaret, il y a des numéros, des tableaux, qui se succèdent. Ici ils sont tous un peu ratés ou brinquebalants, mais avec précision. On y fait tout ce qu’il ne faut pas faire au pire moment. Peut-être pour jouer une bataille plus ou moins masquée contre les conformismes du "bon moment".

Les artistes de ce cabaret font de l’accident et de leur maladresse une science inégalable. Une poétique du défaut qui bien sûr nous fait rire, mais pas seulement. Après l’inoubliable Homme de Hus, Camille Boitel revient au Bois de l’Aune. Avec ses "bons à rien" comme il les appelle, il nous parle en travers de vulnérabilité. Le spectacle nous transporte par sa mécanique de l’improbable et par son humanisme tendre, on y partage une sorte de colère joyeuse qui nous garde - nous aussi - délicieusement en déséquilibre.

On peut venir le voir de deux façons, de l’intérieur ou de l’extérieur. Une partie du public jouant le public.

Acrobate, danseur, comédien, musicien, Camille Boitel est tout cela à la fois. Formé à l’école d’Annie Fratellini, lauréat des Jeunes talents du cirque en 2002, il participe très tôt au renouveau du cirque contemporain par ses affrontements spectaculaires avec la matière. Le corps et le mouvement, en chute libre, dans leur opposition à un espace encombré, sont les vecteurs principaux de ses œuvres : L’Immédiat, la Jubilation, ou encore le Cabaret calamiteux et l’Homme de Hus, dont on se souvient au Bois de l’Aune. Par ses créations, Camille Boitel provoque un rapport poétique et politique au théâtre, développant un art subtil de l’effondrement et de la cacophonie visuelle.