Homère prend un sacré coup de jeune sous la griffe de Pauline Bayle et sa bande de cinq acteurs à peine trentenaires. Avec des chaises et quelques seaux, du sang, de la farine et des paillettes, ils portent avec fougue une version ramassée et tonique de l’Iliade, sans jamais se prendre les pieds dans le tapis.

Achille devient le personnage central de cette libre adaptation : aux portes de Troie, les Grecs perdent le soutien du meilleur d’entre eux, blessé dans son amour propre par un affront public d’Agamemnon. Pauline Bayle s’attache au parcours de ce héros demi-dieu, qui passe de la colère à la compassion en 24 chants et d’innombrables combats.
Dans un habile détournement de genre, les femmes campent les héros - Achille et Hector -, les hommes jouent les déesses Héra et Aphrodite. Ces jeunes comédiens, tous vibrants, traversent les multiples rôles avec aisance. La scénographie minimale - un espace vide peuplé de quelques accessoires - suffit à donner du nerf et de la chair au texte, adapté avec clarté.

C’est que Pauline Bayle jongle à merveille entre la restitution du texte d’Homère dans de poignantes poésies chorales face public, et des incartades contemporaines, pour dire les combats et intrigues avec des mots d’aujourd’hui. Et que dire de ces truculentes scènes vaudevillesques sur le mont Olympe !