Un Cid jubilant, glorieux, rythmé et conquérant ! Chapeau pour la tonalité nouvelle donnée à ces vers imprimés dans le patrimoine génétique de deux générations de spectateurs.
Classique vitaminé.

On va se surprendre à donner la réplique en même temps que les comédiens. À moins de suspendre son souffle pour se laisser aller à la beauté des images rythmées par la batterie présente sur le plateau, inattendue mais pas incongrue, et si terriblement en résonance avec l’alexandrin et la tension dramatique. Sandrine Anglade est futée, elle n’ignore pas notre familiarité avec ce monument national pourtant pas si souvent monté que cela et à jamais lié à Gérard Philipe et aux premières heures du Festival d’Avignon et du TNP.

Alors elle fonce, irrévérencieuse mais pas irrespectueuse, et choisit de satisfaire la vue par l’éclat et la diversité du spectacle plutôt que de se laisser inhiber par l’ombre portée du monument. D’excellents comédiens qui disent l’alexandrin avec raffinement, la rigueur des exercices obligés, et quelques jolies trouvailles scéniques concourent à créer, sur le plateau, une fête collective. La mise en scène toute cornélienne a du cœur, du courage, de l’audace, de la générosité, et réussit l’exploit de nous étonner sur les péripéties archiconnues des amours contrariées, par une gifle malencontreuse, de Chimène et Rodrigue. Un vrai bonheur de théâtre !