Si on ne présente pas plus Jean de La Fontaine, poète engagé, libre et libertin, que ses fables, nous voulons insiste sur l’éblouissement de sa langue, ce beau français ludique et trépidant, dont la sonorité seule fait surgir les caractères des personnages, dont la fluidité mêlée de rigueur en font un véritable trésor à mettre en bouche, dont l’extraordinaire modernité enfin, continue à interroger la société des hommes.

“Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : “Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. “La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.”